Intervention · 20.06.2026

NO G7 : une autre fin de la mondialisation est possible

Ce week-end à Genève se tenait le contre-sommet du G7, vingt-trois ans après le rassemblement de 100 000 personnes contre le G8 d’Évian.

Pour beaucoup, le temps des contre-sommets appartient désormais au passé, tout comme celui de la mondialisation triomphante, dépassée par la guerre commerciale Chine-USA.

C'est un autre monde que celui de la "mondialisation" contre lequel 30 000 personnes ont manifesté à Genève ce dimanche 14 juin 2026, ou plus exactement une autre phase de l'hégémonie américaine.

La période précédente se caractérisait par la promotion du libre-échange par les États-Unis et leurs alliés, ainsi que, dans les années des grands sommets internationaux, par une relative diminution des dépenses militaires.

Dans la nouvelle conjoncture, le G7 a changé de signification : il est le directoire de puissances impérialistes en déclin.

Les États du G7 représentent désormais moins de la moitié du PIB mondial (PPA). Un club de pays vieillissants aux économies stagnantes, voire récessives (comme l'Allemagne), qui se serrent les coudes pour défendre, par tous les moyens nécessaires, un ordre international qui leur échappe progressivement.

Cet ordre repose sur trois piliers :

L’impérialisme fossile, avec les États-Unis et le Canada comme fers de lance ; le commerce des armes — les dirigeants des principaux pays exportateurs d’armements à Israël étant naturellement réunis à Évian ; et le suprémacisme.

Narendra Modi est invité d'honneur de cette réunion, à croire que l'islamophobie a remplacé le libre échange comme ciment idéologique de cette sinistre tablée.

Ces dirigeants voudraient encore apparaître comme les maîtres du monde, ils ressemblent pourtant davantage à des tigres morts-vivants : des puissances engagés dans un processus de décomposition avancée, toujours capables de nuire, mais de moins en moins capables d’imposer durablement leur ordre.

Le sens de notre participation à ce week-end de mobilisation n’était donc pas de céder à la nostalgie de l’altermondialisme en rejouant les scénarios du début des années 2000.

Il s’agissait de comprendre les formes nouvelles de l’affrontement politique dans une période marquée par la généralisation de la répression, la montée des logiques de guerre et la recomposition de l’ordre mondial.

Un contre sommet, c'est vintage, quasi désuet. Mais cet exemple montre comment il est encore possible de construire des mobilisations fortes.

Fait notable, la majeure partie de la mobilisation n'était pas composée d'altermondialistes, mais du mouvement féministe et de forces pro-palestiniennes.

En Suisse, le 14 juin est une journée de grève féministe, qui mobilise dans tout le pays depuis 2019.

C'est l'appel des manifestations féministes du 14 juin à rejoindre la mobilisation genevoise qui a permis cette année de braquer les projecteurs sur des questions anti-impérialistes.

À la manière de l'écologie, ce sont ces stratégies d'alliance et de radicalisation qui permettent de redonner à la politique une ambition qu'elle perd parfois : tenter d'en finir avec un ordre mondial pourrissant.

Dans une ville transformée en forteresse, barricadée au point de paralyser une partie de son activité économique, une guerre de position s'est jouée.

Une image fidèle de notre époque : des États retranchés derrière des dispositifs sécuritaires, confrontés à des mouvements qui cherchent les formes d’action capables de répondre à une séquence politique nouvelle.

Pas de bis repetita : il faut de nouvelles tactiques à la hauteur de la catastrophe en cours.