Intervention · 10.05.2026
Cuba face à l'escalade impérialiste
Depuis plusieurs mois, la situation énergétique à Cuba connaît une dégradation dramatique.
Les coupures d'électricité massives, les pénuries de carburant et les difficultés d'approvisionnement frappent durement le peuple cubain.
Cette asphyxie n'est pas le résultat d'un échec interne isolé : elle est avant tout la conséquence du blocus imposé depuis plus de soixante ans par les États-Unis et du durcissement spectaculaire de celui-ci depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Le 9 février dernier, le gouvernement cubain avait déjà été contraint d'annoncer une série de mesures exceptionnelles afin de faire face à la pénurie énergétique :
réduction de l'activité économique
réorganisation du temps de travail dans les entreprises publiques
limitation des transports
baisse de nombreux services.
Depuis lors, la situation n'a cessé de s'aggraver.
L'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et la pression croissante exercée sur le gouvernement vénézuélien par Washington ont privé Cuba de l'un de ses principaux partenaires énergétiques. Les États-Unis ont ainsi pu renforcer leur offensive contre l'île en asséchant progressivement ses sources d'approvisionnement en pétrole.
Cette stratégie a franchi un nouveau cap avec le décret du 29 janvier 2026 par lequel Donald Trump s'est arrogé le droit de sanctionner lourdement tout pays exportant du pétrole vers Cuba et d'organiser un blocus naval permettant l'interception des navires ravitaillant l'île.
Ces menaces visent à faire pression sur des pays comme le Mexique et la Russie, qui représentent les principaux exportateurs de pétrole vers l’île, depuis que les sanctions contre le Venezuela ont dégradé ses propres exportations.
L'administration Trump ne cherche plus seulement à exercer une pression économique sur Cuba ; elle poursuit désormais une stratégie d'asphyxie visant à provoquer une crise sociale et humanitaire majeure afin de fragiliser le gouvernement cubain.
La perspective d'un retour à une situation comparable à celle de la « période spéciale » des années 1990 est aujourd'hui ouvertement utilisée comme un instrument de coercition politique.
Cette offensive s'inscrit dans la continuité de la "doctrine Donroe", actualisation contemporaine de la doctrine Monroe qui considère l'ensemble du continent américain comme une zone d'influence exclusive des États-Unis. Après le Venezuela, Cuba apparaît comme l'une des principales cibles de cette stratégie visant à éliminer toute expérience politique refusant de se soumettre aux intérêts de Washington.
L'objectif est double :
Détruire un modèle politique considéré comme hostile à l'hégémonie américaine ;
Empêcher toute reconstitution d'un bloc autonome en Amérique latine semblable à celui qui avait émergé autour de l'ALBA, sous l'impulsion de Fidel Castro et d'Hugo Chávez, pour promouvoir un développement indépendant des États-Unis et alternatif aux politiques néolibérales.
Sur le reste du continent les USA soutiennent en ce sens les régimes réactionnaires qui leur sont inféodés. En Bolivie la résistance spectaculaire qui est mené par les ouvriers et les paysans contre le tournant néolibéral fait face à la radicalisation autoritaire du régime (arrestation d'opposants, de syndicalistes, assassinats de militants, etc.).
L'objectif des impérialistes nord-américains n'est ainsi pas la promotion de la démocratie ou la lutte contre un prétendu narcoterrorisme mais au contraire d'établir des régimes autoritaires à leur service.
Cuba occupe en outre une position géostratégique majeure dans la Caraïbe.
Située à proximité immédiate du territoire américain et à l'entrée du Golfe du Mexique, l'île se trouve au croisement de routes maritimes essentielles pour le commerce et l'approvisionnement énergétique du continent.
Son contrôle ou sa neutralisation constitue ainsi un enjeu central pour toute stratégie américaine visant à maintenir sa domination sur l'espace caribéen et latino-américain.
Dans ce contexte, la multiplication des sanctions, l'étranglement économique de l'île, la pression exercée sur ses partenaires commerciaux et les discours de plus en plus agressifs de l'administration américaine doivent être pris au sérieux.
Si l'hypothèse d'une intervention militaire directe demeure aujourd'hui incertaine, notamment en raison de la résistance du peuple cubain et du coût politique qu'une telle opération représenterait pour les États-Unis, mis en difficulté sur le front iranien, elle ne peut être totalement écartée.
L'histoire de l'impérialisme américain montre que les interventions militaires sont rarement des événements isolés : elles sont généralement précédées de longues campagnes de pression économique, d'isolement diplomatique et de déstabilisation politique destinées à affaiblir le pays visé.
Face à cette menace, Cuba cherche à renforcer ses partenariats internationaux, notamment avec la Chine, afin d'accélérer le développement des infrastructures énergétiques renouvelables et de réduire sa dépendance aux importations d'hydro-carbures.
Mais au-delà de ces efforts, c'est la solidarité internationale qui doit aujourd'hui se mobiliser contre une crise humanitaire créée de toutes pièces pour faire plier un peuple souverain.
Depuis ici, la solidarité doit se traduire par l'exigence de la levée immédiate des sanctions et par la dénonciation de toute complicité politique, diplo-matique ou économique avec cette entreprise d'asphyxie menée par les USA, grands alliés de la France.
Plus largement, nous devons nous attaquer au régime des sanctions comme l'une des principales armes de l'impérialisme : de Cuba à l'Iran en passant par le Venezuela ces embargos frappent d'abord les peuples et préparent les conditions de futures interventions militaires.
La défense de la souveraineté cubaine, comme celle de tous les peuples soumis aux sanctions et aux menaces d'intervention, constitue aujourd'hui une tâche essentielle pour celles et ceux qui refusent que la faim, la pénurie et l'isolement soient utilisés comme des armes au service de l'ordre impérialiste.